Mes débuts furent ingrats. Je prenais peu de poisson. Ma motivation venait du fait que je voyais les autres en prendre, et que j’avais un copain de pêche, rencontré dans ma classe, au collège. Il continuera à m’accompagner dans mes expéditions pêche tout au long de mon existence.
Nous tentâmes de nombreuses techniques.
Puis vint cet été où, désireux d’essayer la pêche à la graine (au blé), nous n’avions rien trouvé de mieux que de construire un ponton !! Six pieux enfoncés à la masse et une vieille porte en bois en guise de plancher : voilà un ponton 2 places !!!
Quand nous avons planté les pieux, il y avait non loin de là un pêcheur de tanche. Je vous laisse deviner sa réaction !
L’étape suivante fut la prise d’assaut de la cuisine maternelle ! La cuisson du blé (« glané » chez les agriculteurs du village) nécessite une grande gamelle, un trempage préalable, est longue, et demande une surveillance rapprochée : les grains doivent être bien gonflés, laissant entrevoir la pulpe blanche, mais pas trop cuits, car, éclatés, ils ne tiennent plus à l’hameçon. Je loue la patience de nos mères respectives ! Je ne sais combien de kilos nous avons cuits….Je me souviens que, le blé étant une esche d’accoutumance, donc des amorçages réguliers, il s’en cuisit beaucoup.
J’ai encore le souvenir de la délicieuse odeur embaumant la maison !
Quand nous nous décidâmes à pêcher, nous débordions d’excitation… et d’appréhension !!
Nous nous étions offert deux « 6 mètres », bien lourdes, en fibre de verre : le must ! (A cette époque, nous pensions que pour prendre du gros, il fallait pêcher loin !)
Nous ne fûmes pas déçus ! Dès l’aube, ce fut un festival de flotteurs à plat (touche caractéristique de la brème !) : flotteurs de type Versailles, de 10 cm.
Nous prîmes de nombreux plateaux, dont certains très « costauds »v et quelques gros gardons de fonds ! Nous jubilions ! Cette pêche fut un tournant !
De temps en temps, nous ferrions quelque monstre des profondeurs. Une carpe nous promenait lentement puis, toujours lentement, partait vers le large, cassant notre pauvre bas de ligne. Et nous restions pantelant, les bras lourds, le regard fixe, sans dire mot. Tout se passait comme Duborgel l’avait écrit. Avec nos cannes sans moulinet, nous n’avions aucune chance et nous le savions.
A cette époque, nous étions résignés. Nous ne possédions pas l’équipement adéquat, et autant le dire, les carpes nous intimidaient. Celles des récits des pêcheurs prenaient des allures titanesques, des poids démesurés, offrant des luttes dignes d’Hercule !
Et quand un jour le temps viendrait de s’y frotter, elles me donneraient bien des moments d’émotions, de plaisir, de cœur palpitant, de bonheur !
Tout a débuté comme cela.
D’où me venait cet instinct de rapporter à la maison le fruit de ma pêche ? Je ne le sais pas exactement. A l’heure actuelle, je dispose de quelques pistes. C’est en me consacrant à mon arbre généalogique que j’ai découvert mes racines terriennes : beaucoup d’agriculteurs dans les ascendants. Alors, vivre du fruit de la terre, prélever sa dîme, aimer baigner dans la nature,… Cela coule dans mes veines !!
Le propre de l’enfance est la magnificence de l’imaginaire. L’ignorance des contraintes de la faisabilité, la virginité de l’esprit exempte des fruits de l’expérience confèrent à l’enfant un e capacité de créativité sans limite. Certes, bien des projets resteront en l’état (comme celui de notre radeau !). Mais force est de constater que cette disposition particulière de l’esprit est un pré-requis indispensable à ce qui est de plus beau et de plus grand : le rêve. Et quand on sait que des rêves naissent bien des passions…
(Je suis persuadé que des miens naissaient bien des poissons !)
Mes rêves m’ont toujours rappelé près de l’eau. Adulte, les aléas de l’existence m’en éloigneront parfois. A d’autres périodes, je me laisserai aller à risquer d’autres rapports avec l’eau (la chasse sous marine par exemple), mais le fil conducteur, le lien, s’il se verra peut être distendu, ne rompra jamais.
Après la découverte de l’Oise vint une question obsédante : « comment en sortir ? » (Comprendre : « comment prendre du poisson ?!! »).
Pas de pêcheur dans ma famille pour me conseiller. Comme je l’ai évoqué, la littérature fut une aide précieuse. Les pêcheurs du bord de l’Oise me regardaient d’un drôle d’air : « qui est ce gosse qui veut tout savoir ? « « Commence par tremper du fil, mon gars !! ».
Conseil évident tout autant que précieux.
La pêche est pour moi une véritable passion !
Tout a commencé lorsqu'enfant, mes pas m'ont poussés vers l'Oise, cette grande rivière de plaine, à la limite entre le département du val d'Oise et celui de l'Oise.
Gamins, nous étions toute une bande à trainer nos guêtres dans les bois et les campagnes. Nos parents nous laissaient toute liberté pour le faire... et nous en disposions pleinement !!
Cette époque n'est pas si lointaine quand même (je suis loin d'être un papy) !! Mais elle m'apparait comme un autre monde. Nos parents étaient bien moins protecteurs qu'aujourd'hui. La place de l'enfant n'était pas la même. Certes, j'habitais dans un village, mais nos escapades nous amenaient à courrir, sauter, dévaler les rues en vélos, en caisses sur roulettes, et à utiliser nombre d'outils les plus variés.
Les occasions de se blesser étaient nombreuses. Tout autant que les c...heu ! bêtises à faire. Et bien, nous devons être des miraculés de la vie, car malgré tous ces périls, nous sommes encore de ce monde ! Il faut bien concéder quelques bleus, points de suture et autres contusions, mais nous avons survécu !!!
Revenons à nos moutons !
Nos pas, disais-je, ou plutôt nos coups de pédales, nous ont portés vers l'Oise. Sa découverte fut pour moi une motivation primordiale pour apprendre la natation ! Car nous projetions de construire un radeau afin d'en suivre le cours. Il ne vit jamais le jour, mais ce projet laissa une trace en moi : celle de posséder un jour une barque.
Faute de radeau, nous avons récupéré quelques lignes, quelques vieilles cannes en bambou et Hop! Il en fallait peu, car nous avions la foi ! Bien sûr, nos prises furent maigres, et la plupart abandonnèrent cette activité infructueuse.
Pas moi. J'avais en moi quelque chose du braconnier. Je posais des pièges pour les oiseaux, que ma grand-mère faisait rôtir (miam !), je posais des collets pour les lapins. Pourquoi n'arriverai-je pas à prendre du poisson ?
Personne de ma famille ne pêchant, personne ne m’initia. Ce fut la rencontre avec copain de classe qui apporta une émulation certaine. Les lectures de magazines (la Pêche et les Poissons !) et d’ouvrages (merci à Michel Duborgel et à Maurice Genevoix*) nous indiquèrent la marche à suivre. Les échanges avec les pêcheurs locaux croisés sur les berges complétèrent nos connaissances.
Bientôt, les gardons, goujons, chevesnes, ablettes et autre fritures égayèrent les cuisines de nos mères. « Mais qui va les nettoyer, tes poissons…c’est encore moi !!» Combien de fois ce refrain a-t-il résonné à mes oreilles ?!! Mais elle pouvait ronchonner car effectivement, c’était bien elle qui finissait par les écailler et les vider. Je me disais alors que ce n’était pas grave, j’avais rapporté du poisson, et c’était ça qui comptait pour moi à cet âge : quelle gloire !!
Depuis l’eau a coulé sous les ponts. Les carnassiers sont venus chatouiller mon âme de pêcheur, les carpes aussi.
La pêche ne m’a jamais quitté !
Je m’arrête là pour aujourd’hui. Je raconterai sans doute quelques bonnes histoires de pêche au fil de ces pages !
* Michel Duborgel : La pêche et les poissons de nos rivières (ouvrage n’étant plus édité –tenter sa chance dans les brocantes)
* Maurice Genevoix : La boite à Pêche
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